Le point mensuel sur les marchés financiers

Vendredi 02 juillet 2021

Le ralentissement de la propagation de l’épidémie est en passe de s’inverser à l’échelle mondiale avec la diffusion du variant Delta. Cette souche identifiée en Inde contraint de plus en plus de pays notamment en Asie, à renforcer les contraintes sanitaires et à durcir les contrôles aux frontières. A l’approche de l’été, l’ampleur du rebond au S2-2021 restera dépendant de l’impact sanitaire du variant delta, notamment pour les pays exposés au tourisme international. Ce variant n’est pas une bonne nouvelle surtout pour les pays émergents dont la situation est beaucoup plus délicate. En effet, la vaccination de leur population n’atteindra un seuil suffisant que courant 2022 au mieux, alors qu’elle est déjà très implantée dans les pays développés.

Aux Etats-Unis, la croissance accélère mais sans risque de surchauffe à court terme. La consommation des ménages continue sa montée en puissance mais sans accélération notable ces derniers mois, alors que la réouverture rapide du secteur des « services » aurait pu alimenter une très forte demande. Les ménages ne sont pas dans une logique de surconsommation et de désépargne dans un contexte encore à risque. Récemment publié, l’indice de confiance des consommateurs du Conference Board de juin s’est inscrit à son plus haut niveau depuis le début de la pandémie (127,3 vs 120 en mai et 119 attendu) témoignant ainsi de belles perspectives sur la croissance pour les prochaines semaines. Joe Biden a validé la proposition bipartisane de 1200 Milliards de $, ouvrant la voie au déploiement de nouvelles mesures de soutien budgétaire, il devra néanmoins trouver le juste équilibre entre les courants de son parti pour aboutir. En attendant ce soutien budgétaire supplémentaire, l’économie américaine est portée par celui déjà voté.

L’Europe rattrape son retard de croissance cyclique observé depuis le début de l’année, avec une reprise économique qui s’est confirmée avec la publication récente de l’indice du climat des affaires de juin un cran au-dessus des attentes, et en accélération chaque mois depuis janvier. En France notamment, la confiance est principalement portée par l’optimisme dans le secteur des services qui profite de la réouverture de l’économie et l’écart de croissance entre l’industrie et le secteur des services se résorbe progressivement.

RETOUR SUR LE COMPORTEMENT DES DIFFERENTES CLASSES D’ACTIFS ET PERSPECTIVES

Politique monétaire des Banques Centrales

La question du rythme de réduction du soutien monétaire, et donc des achats d’actifs, reprend entre les membres de la BCE. L’interrogation porte sur la stratégie à adopter pour mettre fin au programme d’achat spécifique à la pandémie, le PEPP(1). Nous considérons que la BCE se montrera extrêmement prudente au cours des prochains trimestres, en utilisant encore la quasi-totalité de l’enveloppe PEPP avant son arrêt en mars 2022, puis en relevant temporairement les achats du programme classique APP(2), afin d’opérer une transition en douceur pour les marchés. Le dernier discours de Christine Lagarde s’est en effet révélé extrêmement prudent, elle ne veut surtout pas prendre le risque de ralentir la reprise économique en cours et de compromettre le redressement durable de l’inflation.

Aux Etats-Unis, les membres du comité de politique monétaire US qui se sont exprimés cette semaine ont envoyé des signaux contrastés. Certains comme James Bullard (président de la Fed de Saint-Louis), Raphael Bostic (Fed d’Atlanta) ou Robert Kaplan (Fed de Dallas) ont indiqué faire partie des 7 membres (sur 18) qui prévoient une hausse de taux dès 2022. Dans ce cadre, ils ont également défendu une diminution des achats d’actifs relativement précoce, afin de donner plus de flexibilité à la Fed sur sa politique de taux directeurs, en cas de surprises à la hausse sur l’inflation. Cependant, Jerome Powell a maintenu un discours relativement prudent lors de son audition à la Chambre des Représentants du 22 juin. Il a réitéré que les perspectives de croissance et d’emploi étaient plutôt bien orientées mais qu’il y avait encore des risques liés à la pandémie. Il a en outre de nouveau souligné que la majeure partie de la récente hausse de l’inflation résultait de facteurs transitoires.

Marchés obligataires 

Le débat sur le retour de l’inflation est très présent, et les derniers indicateurs de prix sont l’illustration d’une inflation en phase de progression, le glissement annuel s’est ainsi inscrit à 5% aux USA et à 1.9% en Zone Euro. La question est de savoir si cette inflation est temporairement due à des effets de rattrapage, ou bien si elle s’inscrit dans un contexte plus durable. Et la réponse à cette question sera déterminante dans la perspective des performances des marchés obligataires.

Les rendements souverains américains sur les maturités longues ont eu tendance à diminuer sur l’ensemble du mois de juin, les investisseurs ont revu à la baisse leurs anticipations d’inflation et semblent privilégier la thèse d’un pic inflationniste plus conjoncturel (hausse du prix des matières premières, effets de base, goulots d’étranglement) que structurel (peu d’inflation salariale). Les chiffres de l’emploi américain seront suivis avec beaucoup d’attention car ils conditionneront la politique monétaire de la Réserve Fédérale et donc les rendements obligataires.

En Europe, les rendements se sont stabilisés en juin avec un taux à 10 ans allemand fluctuant peu autour de -0.20% et un écart avec le rendement italien à 10 ans qui a eu tendance à diminuer pour s’inscrire aujourd’hui à 1%. Nos portefeuilles affichent une sensibilité au taux légèrement inférieure à celle des indices de référence, sur les obligations d’émetteurs privés nous restons prudemment surexposés en étant sélectifs sur la qualité et la liquidité de la dette.

Marchés Actions

Le semestre s’est conclu avec un bilan solide pour l’ensemble des marchés actions mondiaux et particulièrement pour l’Europe qui surperforme les autres zones géographiques.

Une tendance à mettre sur le compte de la reprise cyclique qui a été plus tardive en Europe comparée au reste du monde auquel s’ajoute les avancées sur le plan des dépenses budgétaires. En effet, la récente validation du plan de relance européen de 750Mds€ va permettre à de nombreuses économies de poursuivre la dynamique de reprise au-delà de l’effet de réouverture de court terme.

Le thème central qui a animé les marchés sur les 6 premiers mois de l’année aura été celui de la reflation mondiale avec une désynchronisation en fonction des régions. La séquence de reprise cyclique a été beaucoup plus marquée au sein des indices européens, elle s’est toutefois accompagnée de plusieurs rotations sectorielles et de style. Le mois de juin ne déroge pas à cette rotation et elle aura été à la faveur cette fois du style croissance et des valeurs technologiques qui ont bénéficié de la baisse des taux d’intérêt. En juin, le Nasdaq progresse de près de 6%, alors que le reste des indices mondiaux connaissent une hausse modérée de l’ordre de 2%. Les pays émergents progressent peu avec une situation sanitaire mitigée et le retard pris sur la vaccination.

Pour les prochains mois, les facteurs communs à la reprise cyclique resteront d’actualités pour la 2ème partie de l’année, le sujet sanitaire continue de retenir l’attention et les investisseurs vont rester attentifs aux mesures qui seront prises par les gouvernements pour faire face à la montée du variant delta. Sur le plan monétaire, le risque de voir la FED surprendre les marchés si l’économie américaine s’améliore plus rapidement que prévu restera un point d’attention et à ce titre la réunion des banquiers centraux de Jackson Hole fin août sera déterminante.

Au regard du parcours boursier de ces derniers mois, il nous semble opportun de maintenir une certaine prudence sur les marchés d’actions. Nous avons recentré les portefeuilles sur les actifs européens en conservant une préférence pour les décotés.

(1) Le PEPP (Pandemic Emergency Purchase Programme) est le programme d’achats de titres d’urgence lancé par La Banque Centrale Européenne (BCE) pour lutter contre les conséquences économiques de la pandémie du Covid-19.

(2) Le APP (Asset Purchase Programme) est le programme de politique monétaire lancé par la Banque Centrale Européenne afin de lutter contre la crise économique européenne de 2010.

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