Le point sur les marchés financiers

Vendredi 04 juin 2021

Sur le plan conjoncturel, les récentes enquêtes de climat des affaires publiées dans les principaux pays développés ont été encourageantes. En zone euro notamment, le repli des nouveaux cas de COVID-19, l’accélération des campagnes vaccinales et la réouverture progressive des secteurs affectés par la pandémie ont conduit à une nette remontée de la confiance dans les services.

La publication des enquêtes PMI(1) manufacturiers de mai dans le monde continue d’illustrer l’écart criant entre les pays développés et émergents. Le secteur industriel reste globalement bien orienté avec un PMI manufacturier des pays développés qui s’établit à 59.8 alors que celui des pays émergents s’inscrit un cran en deçà à 52.

En effet, pourtant bien exposés à la demande mondiale de biens qui a très largement redémarré (contrairement à la consommation de services plus impactée par les restrictions sanitaires), les pays émergents ne disposent pas de la même force de frappe budgétaire pour soutenir leur économie. L’énorme soutien mis en place par les pays développés porte ses fruits mais ces indicateurs rappellent aussi le côté exceptionnel de ce surcroît de croissance, qui prendra peu à peu fin au fur et à mesure des prochains mois.

Certes, en Asie, les indicateurs macroéconomiques ont été plus mitigés. En Inde, par exemple, l’activité a été fortement pénalisée par la succession de confinements locaux. En Chine continentale, les indicateurs sur la consommation ont déçu, ce qui contraste avec la situation des Etats-Unis. A plus long terme, les incertitudes sur l’économie mondiale restent encore importantes. En effet, avec la sortie de crise et la fin des mesures d’urgence, l’évolution du chômage et des faillites d’entreprises est encore difficile à prévoir.

L’appétit pour le risque a également été soutenu par la modération des inquiétudes sur les risques inflationnistes et ce malgré le chiffre des prix à la consommation ressorti aux Etats-Unis pour le glissement annuel d’avril à 4.2%, nettement au-delà des attentes. Les derniers indicateurs américains ont atténué les craintes d’une surchauffe de l’économie, ce qui a favorisé une rechute des anticipations d’inflation. Certes, les enquêtes PMI suggèrent que les coûts des entreprises continuent de progresser fortement mais les raisons mentionnées par les entreprises confortent l’idée d’une remontée transitoire. C’est d’ailleurs la teneur des propos de J.Powell qui maintient pour l’instant une politique monétaire accommodante, considérant l’actuel pic d’inflation comme temporaire. En Zone euro l’accélération des prix se poursuit comme en témoigne le taux d’inflation provisoire pour mai publié à 2%, cependant l’inflation sous-jacente demeure contenue à 0.9%.

RETOUR SUR LE COMPORTEMENT DES DIFFERENTES CLASSES D’ACTIFS ET PERSPECTIVES

Politique monétaire des Banques Centrales

La réunion de la BCE le 10 juin prochain sera particulièrement déterminante dans la mesure où elle devrait réviser à la hausse ses prévisions de croissance et d’inflation pour cette année et pour 2022.  Cette annonce pourrait l’inciter à réduire le rythme de son programme d’achat PEPP(2). Nous avons cependant observé une communication particulièrement prudente de la part de ses membres qui sont parvenus à caler les attentes du marché quant à la réduction des achats d’actifs. En effet, la BCE est sensible au resserrement des conditions financières observées ces dernières semaines, elle privilégiera une approche prudente et évitera un resserrement monétaire trop précoce, le temps que la crise et ses conséquences soient dépassées.

La Réserve Fédérale américaine a souligné l’amélioration de l’activité et de l’emploi, mais le président Powell a rappelé plusieurs fois que les données ne remplissent pas encore les conditions de progrès supplémentaires substantiels pour commencer à parler de « Tapering »(diminution du rythme de ses achats d’actifs et donc des mesures d’accommodation). Il a également insisté sur le fait que la récente hausse de l’inflation est principalement due à des effets de base et à des goulots d’étranglement jugeant ainsi le pic observé comme transitoire.

Marchés obligataires 

Le début du mois de mai a été marqué par une remontée notable des anticipations d’inflation, notamment après la publication de l’indice des prix à la consommation d’avril aux Etats-Unis bien au-delà des attentes à 4.2%. Ce mouvement ne s’est toutefois pas prolongé et les points morts inflation (qui représentent les anticipation d’inflation de la part des investisseurs) ont reculé pour se stabiliser aussi bien en Allemagne qu’aux Etats-Unis, à 1.40% et 2.45% respectivement. Cette accalmie sur les anticipations d’inflation a permis un léger recul des rendements obligataires après le pic atteint début avril. Ainsi les rendements à 10 ans de l’OAT française et du Bund allemand s’inscrivent aujourd’hui respectivement à +0.17% et à -0.18%, en baisse d’environ 0.08% depuis la mi-mai. Les obligations souveraines des pays périphériques ont récemment surperformé leur homologue allemand avec un recul de 0.20% pour le BTP italien qui s’affiche dorénavant à 0.90%. Le marché de la dette d’entreprise se stabilise également après la compression marquée des spreads de crédit(3) observée depuis le début de l’année, qui annule le fort mouvement d’écartement provoqué par la crise sanitaire. Les niveaux aujourd’hui atteints sont historiquement bas pour les obligations privées de la zone euro et s’il est difficile d’anticiper une réduction supplémentaire des spreads de crédit, l’appétit des investisseurs à la recherche de rendement est toujours présent sur cette classe d’actif sur laquelle nous restons investis de façon sélective.

Marchés Actions

Le traditionnel adage du mois de mai « Sell in may and go away » (qui peut se traduire par « En mai, prenez vos bénéfices ») n’aura pas fonctionné cette année. Les marchés actions ont prolongé leur progression en accompagnant la réouverture des économies, et ce avec une légère surperformance de la zone euro et de l’Europe par rapport aux Etats-Unis (+2,0%, +2.7% et +0.5% pour les indices MSCI Euro, MSCI Europe et S&P500 en devise locale).

Depuis plusieurs semaines, deux thèmes majeurs dominent les mouvements sur les marchés d’actions, d’une part la reprise économique favorisée par une accélération de la vaccination et d’autre part le risque de surchauffe avec la crainte que les accélérations de l’inflation ne soient pas uniquement conjoncturelles (effet de base post-crise) mais plus structurelles compte tenu des plans de relance monétaires et budgétaires d’ampleur. En effet une inflation plus élevée de façon structurelle conduirait à une hausse des taux nominaux et pourrait remettre en cause partiellement l’intérêt relatif des investisseurs pour la classe d’actifs actions par rapport aux obligations.

La lecture sectorielle et de style a été moins lisible ce mois-ci, mais les performances géographiques se sont inscrites dans une logique de reprise du cycle économique. Les actions françaises et européennes sont en tête du classement sur le mois, soutenues par la poursuite de la levée des restrictions sanitaires. Le CAC 40 a atteint un record de 20 ans, avec une performance de plus de 17% depuis le début de l’année. Les actions américaines peinent à afficher une performance positive et le Nasdaq est en recul. Les pays émergents progressent légèrement avec une situation sanitaire fragile et un taux de vaccination qui reste faible. L’Or est en hausse en écho aux craintes inflationnistes attendues pour les prochains mois et le prix des matières premières restent orientés à la hausse, s’inscrivant dans la logique de reprise cyclique.

La volatilité sur les actifs risqués est restée contenue malgré les déboires observés sur le marché des crypto monnaies et notamment une très forte baisse du Bitcoin lié aux déclarations de la Chine qui a interdit à certaines institutions financières de l’adopter comme monnaie de paiement.

Dans ce contexte, après la forte performance des actions depuis le début d’année, et des anticipations de bénéfices déjà largement révisées à la hausse, pour 2021 mais aussi pour 2022, nous privilégions une approche plus prudente qu’auparavant. Nous conservons une faveur à la zone euro qui va continuer de bénéficier de la dynamique liée à la réouverture de l’ensemble des activités. Nous favorisons les secteurs cycliques tels que l’Energie, les ressources de bases et les banques qui devraient également bénéficier de cette dynamique.

(1) Les enquêtes PMI (Purchasing Managers  Index) sont menées auprès des directeurs d’achat de l’industrie américaine pour estimer leur niveau d’activité.

(2) Le PEPP (Pandemic Emergency Purchase Programme) est le programme d’achats de titres d’urgence lancé par La Banque Centrale Européenne (BCE) pour lutter contre les conséquences économiques de la pandémie du Covid-19.

(3) Les spreads de crédit représentent l’écart entre le taux d’intérêt d’une obligation et celui d’un emprunt d’Etat théorique qui aurait les mêmes caractéristiques.

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