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08/10/2025
Marchés Financiers

Notre analyse suite à la démission du Premier ministre S. Lecornu

Investment Talks, 7 oct 2025 : une analyse de Vincent Mortier, Directeur des investissements du groupe Amundi et de Monica Defend, Directrice de l'Amundi Investment Institute.

La démission du Premier ministre S. Lecornu, face à l'opposition tant de la gauche que de la droite, a ouvert une nouvelle phase d'incertitude politique. Le président Macron doit désormais choisir entre la nomination d’un nouveau Premier ministre ou la dissolution de l'Assemblée nationale afin de convoquer des élections anticipées. Dans tous les cas, la France disposera d'un budget pour 2026 : sa Constitution prévoit en effet des mécanismes visant à éviter un « shutdown » à l'américaine.

Malgré la fragilité politique et le léger élargissement des spreads des obligations d'État, la demande pour la dette française reste solide. La France bénéficie d'un marché obligataire important et liquide, d'un coût moyen de la dette historiquement bas, de l’allongement des maturités de la dette et d'une forte capacité de recouvrement fiscal. La Banque centrale européenne (BCE) détient une part importante de la dette française, et les récentes dégradations de sa notation ont eu un impact limité sur l'appétence des investisseurs, reflétant leur confiance dans la stabilité financière de la France.

L'incertitude politique a pesé sur le marché actions français, en particulier sur les titres nationaux, tandis que l'impact sur les indices actions européens a été limité. Le marché français intègre déjà le risque politique et, avec environ 80 % de sa capitalisation tournée vers l'export, il devrait rester relativement résilient malgré l'incertitude persistante. Toutefois, une instabilité politique prolongée pourrait peser sur la confiance des ménages et la demande intérieure, comme en témoigne la hausse des taux d'épargne, ce qui aurait un impact supplémentaire sur les segments du marché les plus tournés vers le marché intérieur.

Retour de l'incertitude politique, à la suite de la démission du Premier ministre Lecornu

La démission du Premier ministre Lecornu fait suite à l'opposition des partis de gauche et de droite concernant la composition de son gouvernement, annoncée dimanche soir. Comme lors de la chute du gouvernement Bayrou, le président Macron a désormais deux options. Il peut :

  1. soit nommer un nouveau Premier ministre,
  2. soit dissoudre l'Assemblée nationale et convoquer des élections anticipées.

   

Certains partis (La France Insoumise (LFI) et le Rassemblement National (RN)) réclament la démission du président. Cependant, cette dernière option est très improbable, car le président Macron a réaffirmé à plusieurs reprises son intention de respecter le calendrier institutionnel (les élections présidentielles sont prévues en avril/mai 2027, à la fin de son deuxième mandat). Les récents sondages suggèrent qu'en cas d'élections législatives anticipées, l'extrême droite pourrait
conserver son avance avec 32 % des voix, tandis que le bloc de centre-droit perdrait des sièges. Dans un premier temps, le président sera donc probablement tenté de nommer un autre Premier ministre (gouvernement d’experts ou Premier ministre issu du parti républicain/socialiste ou même du RN). Cependant, compte tenu des échecs successifs de ses prédécesseurs, les chances de succès d'un nouveau Premier ministre sont assez minces. Dans ce contexte, la probabilité d'élections législatives anticipées semble élevée ; la question est de savoir quand elles auront lieu. Les élections doivent être organisées au moins 20 jours et au plus tard 40 jours après la dissolution (article 12 de la Constitution). En 2024, par exemple, la dissolution de l'Assemblée nationale a été annoncée le 9 juin, les élections ayant eu lieu trois semaines plus tard, les 30 juin et 7 juillet.

Dans tous les cas, il n'y aura pas assez de temps pour adopter le budget 2026 avant la fin de l'année, comme l'exige la Constitution. Cependant, les événements de l'année dernière (après la chute du gouvernement Barnier) ont montré que la Constitution prévoit des procédures pour éviter un blocage, comme c'est le cas aux États-Unis (voir encadré). À l'inverse, il existe un risque de prolongation d’une période d'inertie politique, alors même qu’une prise de décisions claires est nécessaire.

Le précédent de 2025 : comment une crise institutionnelle a été évitée l'année dernière

Le 10 décembre, le Conseil d'État a rendu un avis sur l'interprétation de l'article 45 de la « loi organique relative aux lois de finances » (LOLF). Cet article permet au gouvernement de proposer un projet de loi spécial afin d'assurer la continuité de la vie nationale et le fonctionnement régulier des services publics en 2025. Ceci dans le cas où le Parlement n'adopterait pas la loi de finances pour l'année avant le 31 décembre et où il ne serait pas possible de promulguer une loi de finances avant cette date. Le projet de loi a été présenté au Conseil des ministres le 11 décembre et adopté par l'Assemblée nationale le lundi 16 décembre (481 voix pour, 0 contre). Le 18 décembre, le projet de loi a été adopté par le Sénat (345 voix pour, 0 contre). La loi spéciale a été promulguée par le président de la République le 20 décembre 2024. Cette loi ne remplace pas le budget et visait à gérer une situation temporaire jusqu'à l'adoption de la loi de finances en 2025. Son champ d'application étant strictement limité, elle autorisait la perception des impôts et des ressources publiques nécessaires au financement des dépenses publiques essentielles.

D'un point de vue économique, il est clair qu'une période d'incertitude prolongée pèserait sur la confiance des ménages et le climat des affaires. En effet, au deuxième trimestre 2025, le taux d'épargne des ménages a atteint son plus haut niveau depuis 2021, une tendance qui n'a été observée nulle part ailleurs dans la zone euro. Cela montre à quel point l'incertitude politique affecte la demande intérieure.

Conséquences en matière d’investissements